Petites histoires naturelles…

 

La marmotte et le casse-noix

La saison froide approchant,
L’oiseau moucheté se mit au travail.
Enfouissant des pines de pin,
Il croisa marmotte grassouillette :
Que faites-vous au temps chaud ?
Je joue et mange, ne vous déplaise.
Vous batifolez ? J’en suis fort aise.
Eh bien, dormez maintenant !
Cette dernière le prit au mot,
Puis on l’entendit ronfler tout l’hiver.

Qui, mieux que cette petite peluche des alpages, invite à l’oisiveté et au sommeil ?
Vivant en colonie, l’été chaque famille possède son terrier. Elles se retrouvent au soleil pour se nourrir et s’amuser.
Lorsque la température moyenne descend à 12°C, la marmotte bien grasse est prête pour six mois d’hibernation. La colonie entière (une quinzaine d’individus) peut alors s’assoupir dans une grande chambre tapissée d’herbe fraîchement cueillie. Blotties les unes contre les autres pour une thermorégulation propice aux jeunes moins gras, elles se mettent en « veille ». Leur métabolisme tourne au ralenti, diminuant la température interne, le rythme cardiaque et la respiration. Elles passent de 38°C à 8°C, de 220 à 30 pulsations par minute et inspirent 3 fois en une minute. Elles respirent plus en deux jours d’éveil qu’en un mois d’hibernation !
Ces adaptations dues à plusieurs hormones, permettent la régulation de la consommation des graisses. La marmotte subsiste ainsi pendant la saison froide, ne bougeant que très rarement pour uriner telle une somnambule.
Au printemps, lorsque la température avoisine les 18°C, elle émerge de son profond sommeil. La fin des réserves graisseuses peut survenir alors que le froid persiste, et le réveil est parfois fatal lors d’hivers particulièrement rudes. Cette longue sieste lui a fait perdre 2 à 3 kilos (la moitié de son poids). Après quelques jours à l’intérieur, elle sort pour manger. Puis la chaleur s’installe et l’accouplement précède la période d’oisiveté et de dorage de pilule…

 

Les fleurs bronzent…

Dans les flots des prairies alpines émerge une grande variété de fleurs, colorant la surface lorsqu’elles s’épanouissent sous le soleil. Les pigments que contiennent ces fleurs sont responsables de leurs couleurs. Ce sont des molécules qui reflètent ou absorbent certaines longueurs d’ondes de lumière. La chlorophylle par exemple, absorbe toutes les couleurs du spectre lumineux sauf le vert. La couleur que nous voyons est donc l’onde réfléchie par les pigments.
Pour vivre les fleurs ont besoin de soleil, leurs journées consistant à se faire bronzer pour ingurgiter des photons (particules du rayonnement lumineux). Elles les utilisent ensuite pour produire des vitamines.
En altitude le soleil est plus puissant qu’en plaine, car le rayonnement est plus court et qu’il traverse moins d’atmosphère. Les fleurs de montagne sont par conséquent mieux servies en photons. Pour profiter de cet atout certaines fleurs fabriquent alors plus de pigments. C’est pour cela que les fleurs sont généralement de couleur plus vive en altitude qu’en plaine, elles sont bronzées !
Le bleu d’une gentiane printanière est d’autant plus profond qu’elle est en altitude et sur un versant ensoleillé. La valériane et l’achillée sont blanches lorsqu’elles ont peu de soleil, mais rosissent face au bel astre jaune.
Lorsque l’été arrive, les fleurs se prélassent au soleil pour bronzer, et leurs milliers de teintes nous éblouissent.

 

Cumulonimbus

Un gros mot pour un gros nuage ! On aime contempler de loin ces nuages cotonneux en forme de champignon, mais gare à celui qui se trouve dessous en montagne…
Lorsqu’il fait chaud et humide les nuages se forment au cours de la journée, par condensation de l’air qui monte à flancs des sommets. Au début ces cumulus sont petits et chapeautent les cimes, puis s’épaississent pour donner de belles boules de coton dans le ciel bleu. Jusque là aucune raison de s’inquiéter, couchons nous dans les alpages pour regarder les formes que prennent ces ‘cumulus de beau temps’.
Pour se transformer en cumulonimbus, le cumulus va s’étendre verticalement. De loin on peut voir le nuage se gonfler vers le haut jusqu’à buter sur une couche d’air plus stable : la stratosphère (environ 9000m d’altitude). A ce moment là se crée le chapeau du champignon, ultime étape de la formation du nuage.
Dans le cumulonimbus les éléments se déchaînent : éclairs, pluie, grêle, vent. Lorsqu’il est trop plein il déverse tout et mieux vaut ne pas être là ! Une parapentiste à miraculeusement survécu après s’être faite aspirée dans le nuage ; son GPS a enregistré des pointes de vitesse à 100km/h, des températures autour des -20°C, et elle à atteint plus de 9000m d’altitude en une quinzaine de minutes, sans toucher un seul éclair !
Bien que le cumulonimbus soit le plus dangereux des nuages, il n’en reste pas moins le plus beau. Si vous en apercevez un au loin, à l’aube ou au couché du soleil, prenez le temps de contempler ce spectacle unique…